mardi 31 juillet 2012

C'est mon dernier jour ici

Je suis une vrai Hochelagaise, sédentaire et traditionnelle. Quand je suis arrivée, j'avais dix-huit ans. Ça fait toute une vie que je suis là. C'était l'appartement de mes rêves. Plus vieux que mes grand-parents, avec des boiseries, un salon-double, des vitraux. C'était chez moi, chez nous.

Hier soir je regardais ma belle Bourbon Street, la main de Masoch. Les gens sur leur balcon, Zac devant le dépanneur. Le couple de lesbiennes au coin, assises sur le siège de voiture arraché et garroché dans leur cour. Ces deux filles obèses et mésadaptées ont l'air de sortir d'un Cirque. Elles s'aiment tellement, je trouve ça beau, si deux spécimens comme elles peuvent se trouver, se combler, ça me redonne confiance en la vie. Les chiens, le bonhomme qui connaît tout le monde sur la rue, La gang de la terrasse. les dessins à la craie des enfants devant mes marches. Amélie et son ex en train de chiller en face.

Je me suis mariée ici, dans le salon, devant ma famille et mes amis. Souvenirs d'Halloween et de bébés morts. J'ai l'impression de laisser des fantômes dans toutes les pièces.

Mes pères

Je ne suis pas une fille difficile. J'ai aimé tous les pères que ma mère m'a donnés. Certains plus, d'autres moins.

J'ai confié Papa à Ti-cul pour quelques jours, j'avais peur qu'on l'échappe dans le déménagement. Il a descendu l'escalier en le portant comme un bébé.

-Tu pourrais l'épousseter de temps en temps.

Y a des affaires comme ça que je trouve inutiles, faire son lit, épousseter, faire de l'exercice. À quoi bon?

J'ai failli me mettre à pleurer quand Dad a téléphoné ce matin et qu'il m'a dit d'aller voir sur mon balcon. J'ai trouvé des boîtes.

-Qui a mis ça là?
-C'est moi.
-Mais t'as pas le droit de venir ici, Dad!
-Me suis pas fait pogner.

Ça le fatigue, il voudrait être là. Je suis pas une fille difficile, mais ce père là, c'est le meilleur.

dimanche 29 juillet 2012

Torture et masochisme #3

C'est un feuilleton, une histoire d'amour comme les autres.
#2
#1

La folie

C'était juste avant qu'il parte. Elle lui avait dit toutes ces choses atroces qu'elle ne pensait même pas ou presque. Il avait failli la cogner. Elle s'excusait en pleurnichant. C'était forcément de sa faute à elle, c'est elle qui est folle.

-Il faut qu'on se parle.
-Oh non. Oh non, non, non, non, s'il te plaît non...

Elle est tombée assise par terre et s'est bercée en serrant sa poitrine éclatée, douloureuse comme si on lui avait tiré un boulet de canon. Elle sentait qu'elle allait mourir. Elle pensait à s'ouvrir les veines dans le bain. Se pendre dans le garde-robe. S'injecter trop de stock. Se jeter devant un camion. Se planter un tournevis étoile dans l’œil. Boire de l'acide sulfurique. Manger du poulet frit et baiser un peu, juste une dernière fois.

-Je sais que tu m'aimes. Je le sais, tu es fou de moi. Je te fais encore rire. Dis que tu ne m'aimes plus. Dis-le.
-Ça n'a plus aucune importance. Va te faire soigner.

Il avait tendu la main pour l'aider à se relever, elle a craché dessus.

#4

Quelle vie de malade mentale

Non mais, quelle vie de malade mentale, mesdames et messieurs. J'ai le cerveau en gélatine.

Je devrais m'occuper de mon déménagement, mais je ne suis pas là. Je joue dans Fight Club, je ne dors pas, puis je m'endors quelque part et me réveille ailleurs. On m'envoie des textos pour me demander si je veux aller boire, si l'électricité est fournie, si je sais quand on aura l'argent. Je retourne mes appels dans le taxi. Sam en revient pas que j'aie un cellulaire. Chaque fois que je réponds il dit, ayoye, je pensais jamais te voir avec ça. J'avais pas vraiment envie que ce petit documentariste condescendant me filme en train de négocier avec la compagnie de téléphone. J'espère qu'ils vont me couper au montage.

Ma mère fait le ménage et le lavage, elle cuisine mes repas. Elle empaquette toutes mes cochonneries. Je suis une petite princesse. Elle va au dépanneur et m'achète du chocolat. Ma mère est inquiète.


samedi 28 juillet 2012

Le son du ruban adhésif déroulé sur le carton


T'es rien qu'une égoïste

Ah oui? C'est ce que tu crois Jane? C'est ce que tu penses de moi? Parce que j'ai annulé un souper à cause d'une formation et d'une réunion de dernière minute. À cause d'un déménagement pas planifié du tout. À cause de mon inaptitude temporaire au divertissement. Sais-tu ce que c'est d'être égoïste? Je peux peut-être te donner une ou deux idées du concept pour t'aider à comprendre.

Quand est-ce que tu as fait quelque chose pour quelqu'un d'autre? Quand as-tu fait du bénévolat pour la dernière fois? T'as fait combien de dons à un parti politique ou un organisme de bienfaisance l'an dernier? As-tu déjà rendu service à quelqu'un, toi? Poussé une voiture après une tempête? Ça pourrait te salir. Accompagné un ou une amie aux funérailles de ses parents? Non, c'est vrai, t'aimes pas ça les funérailles. Payé un repas à quelqu'un dans la rue? C'est pas ton problème s'il est là.

Je suis rien qu'une égoïste. Si je ne me dévouais pas autant pour les autres, j'aurais une vie et je serais disponible pour toi. Si j'étais capable de penser à moi, j'aurais pas besoin de thérapie. Mais peut-être que je fais ça juste pour me valoriser. Je n'ai rien à offrir et je n'ai même pas les moyens d'aller au resto avec toi en ce moment. Je suis rien qu'une égoïste, parce que je ne suis pas prête à te voir tout de suite. Parce que dès que je ne suis pas en train de travailler ou de créer, je pleure et je vomis. Je suis rien qu'une égoïste qui voudrais finir de tricoter la couverture de ton bébé pour notre prochain souper. Tu as sans doute raison.

jeudi 26 juillet 2012

La réussite

À dix-sept ans, j'ai emménagé dans un taudis de la rue Hochelaga au milieu de l'année scolaire. J'ai beaucoup de tendresse pour cet endroit crade, le 3414. À côté d'une pizzéria deux pour un. En face d'un gros bloc laid, habité par la pire racaille de Masoch. Le monde m'appartenait, j'avais pas encore commencé à gâcher ma vie, j'étais la seule de toute la polyvalente à vivre en appartement. Là-bas, j'ai appris la vie en mangeant des pâtes avec de la margarine, de la saucisse dans la soupe aux tomates avec du riz. Je cachais ma vaisselle sale dans le four quand ça sonnait à la porte. Je cultivais des petit vers blancs dans ma cuisine. J'étais tellement amoureuse de lui que j'étais prête à renoncer à mon héritage, à ma bourse d'étude, à tout le reste. J'ai eu mon premier orgasme. Mes premières factures en retard. Une première session désastreuse au CEGEP.

Dans ce temps-là, mon frère de seize ans trouvait ça cool de venir fumer des joints chez nous. Pas de parents. Chez nous, on les envoyait chier les parents, les nôtres et ceux de tout le monde. C'était notre royaume avec une boîte en carton comme table de salon. Deux chaudrons. Un matelas sur le plancher. Pas de rideaux aux fenêtres.

J'avais dix-sept ans et j'appelais mon frère le gros, il m'appelait la grosse. Il roulait des joints et des joints, on regardait les Simpson et Southpark. On refaisait le monde, on parlait de la possible annexation au États-Unis après la souveraineté. Dans ce temps-là, l'argent américain valait quelque chose. On faisait des rêves, les compagnies qu'on ouvrirait, notre restaurant, notre bloc appartement. Au moins une fois par jour, l'un de nous deux prenait une puff et disait à l'autre.

-Hey le gros.
-Quoi?
-Tu sais que t'es quelqu'un, quand t'as une curve dans ta piscine creusée.
-Nous autres on va avoir deux curves dans notre piscine.

C'était l'idée qu'on se faisait de la réussite. Une piscine creusée avec une curve. Finalement, avec les années, je me suis fait d'autres idées de la réussite, dont une bien particulière. Un pneu, accroché à un arbre pour se balancer. Ça fait un bout que je répète ça, je veux un pneu dans ma cour. Quand j'ai visité mon nouvel appart et que j'ai vu le pneu dans la cour, j'ai failli me mettre à pleurer. Je veux dire, c'est comme si j'arrivais enfin chez moi. Comme si j'avais atteint de quoi et j'ai appelé mon frère.

mercredi 25 juillet 2012

La meilleure boss du monde

Lâche tout, prends l'après-midi et va te distraire au FER.

Tu dors jamais toé?

Comment tu fais pour m'envoyer un courriel à 10 heures, un à minuit, un autre à 1 heure, encore un à 3 heures et m'appeler à 8 heures pour qu'on se rejoigne à midi?

J'aimerais ça te dire que je travaille en équipe avec ma evil twin et qu'on se relaie, mais non, je dors pas. Dans un mois ou deux, peut-être... Pendant ce temps au moins, je ne pense pas à l'Halloween.

Pis moi, à ta place, j'accorderais plus d'importance au contenu du courriel qu'à l'heure où je l'ai envoyé. Parce que je t'écris pas pour le plaisir à 3 heures du mat.

C'est facile de sourire avec Éric qui me demande, comme à chaque matin,  est-ce que ça dérange si je mets de la musique? Non, ça me dérange jamais. Il redemande quand même. Est-ce que je peux mettre de la musique? Oui, mets de la musique et monte le son.

Les enfants en vacances courent dans l'escalier, est-ce qu'on ferme la porte pour pas les entendre? Non, je t'en prie, je veux les entendre.






mardi 24 juillet 2012

Oui

Maintenant, je n'ai plus besoin d'être à deux endroits en même temps.

Je dois être à trois endroits en même temps.

Bravo Cannelle!

Une chance qu'il y a les antidépresseurs.

Déménager quand la moitié de ta gang est en camping sauvage pas de réseaux pour les cellulaires et que l'autre moitié est en voyage dans un pays lointain.

Ça va être épique.

Ma vie est belle

-Nous avons une longue liste, mais nous vous avons choisie.

Wow, on m'a choisie.

-Vos valeurs.
-Vos connaissances.
-Vos compétences.

C'est vrai que je trouve ça important moi, la communauté, l'autonomie, l'entraide.

-Vous allez nous permettre de se recentrer.

Je vais faire tout ce que je peux.

-Il faut être ouvert d'esprit.
-Savoir faire face à l'ambiguïté.
-Ça prend de l'organisation.

Je comprends pourquoi il m'ont choisie... Je me reconnais pour une fois.

-Vous aurez de nos nouvelles demain.

Demain, c'est aujourd'hui ça! Des fois, quand ça fait des années que tu essaies, tu oublies où tu t'en vas, tu oublies un peu qui tu es. Tu pleures beaucoup. Mais tu continues parce que c'est pas vraiment un choix. Des choix tu en fais pleins, ça te mène ici et puis là. C'est pas clair, c'est pas une ligne droite. C'est instinctif. C'est une démarche. Un jour tu te réveilles et tu as atteint des objectifs que tu osais à peine te fixer. Après qu'on t'ait dit non cent fois, là, on te dit oui. Peut-être qu'aujourd'hui, on va me dire oui. C'est vraiment un drôle de sentiment, être en dépression, se sentir comme de la marde et arriver à quelque chose pareil. Vraiment spécial.

lundi 23 juillet 2012

Je me suis réveillée à côté de toi

Je ne voulais pas me lever. C'est aujourd'hui que ça commence. Les cinquante courriels et messages mis de côté cette fin de semaine, je dois les retourner. J'ai deux rendez-vous en même temps ce matin, je vais tirer à pile ou face. Même chose demain soir. Faut que j'identifie mes priorités. C'est pas facile. Toi, tu devrais être une priorité.

T'as toujours été ma priorité, moi, je n'étais plus la tienne.Tu dis que c'est moi qui ai voulu faire ce contrat-là. Mais est-ce que je me serais embarquée, si tu m'avais pas scrapée pour une petite nouille de vingt-deux ans qui n'est pas capable d'écrire trois mots sans faire cinq fautes d'orthographe? Moi, j'ai toujours trouvé ça important l'orthographe chez quelqu'un. Est-ce que j'entamerais ce matin le plus grand sprint de ma vie si tu m'avais pas fait tout ça. C'est pas de ta faute, non. C'est la dope, oui. C'est la dope qui t'a rendu violent, méchant, c'est moi qui saigne depuis un an.

Fallait que je devienne indépendante. Indépendante de toi. Mais j'ai pas vraiment voulu ça. C'était pas un choix, c'était pour survivre. Fallait que je prouve de quoi. J't'en train de le faire. Mais je suis fatiguée, comprends-tu? T'es revenu te coucher à ma droite, à ta place, tout est comme avant. T'es yeux sont pareils, ta voix est revenue, tu es délicat. Tout est comme avant. Sauf moi.

Là t'es clean, moi, faut que je suive c'est ça? Faut que j'arrive à même place que toi quand t'es prêt? Ça marche pas comme ça. C'est à ton tour d'être patient. Tu ne me verras pas pour un mois. Quand tu vas me voir, je serai insupportable. Insupportable. Plus que d'habitude. Pis si tu veux m'aider, pars le lave-vaisselle et occupe-toi du souper.

dimanche 22 juillet 2012

Le 22 juillet 2012

Une fois, moi, j'ai compris que même moi, je pouvais aller à l'université. C'est quelqu'un qui me l'a dit. Elle s'appelle Catherine. J'ai rempli un formulaire, je l'ai envoyé et j'ai attendu. Tout le monde disait de l'université choisie que c'était la pire. C'était donc parfait pour moi. Après, j'ai reçu une réponse. Ça disait oui. Tous mes choix. C'était à moi de décider.

Catherine, je l'ai connue je sais plus quand, en 2006? On a joué à faire de la radio ensemble pendant à peu près deux ans. Elle joue encore à la radio, moi j'avais envie de jouer cet été, mais j'avais pas le temps. Cet automne peut-être. Ou bien l'hiver prochain. Je vous ai déjà parlé d'elle.

L'argent ou le bonheur. Les chiffres ou les lettres. J'en parlais à tout le monde. Ma mère était tellement fière de moi. Mes amis. Les parents de mes amis m'arrêtaient sur la rue pour me dire que j'étais quelqu'un. Quand je disais que j'avais le choix et que je nommais mes choix, tout le monde avait la même réaction. J'espère que t'hésites pas pour vrai. T'es une artiste voyons donc!

Catherine et moi étudions dans le même programme, mais ne choisissons jamais les mêmes cours. Parce que nos styles et nos champs d'intérêts sont bien différents. Elle est du côté des gentils. En plus, sa crème fouettée au basilic est tellement bonne. Je lui ai dit que ça manque de bébés morts dans ses histoires. Elle m'a dit qu'il y avait sûrement un public pour moi.

Une fois, moi, j'ai accepté que c'était vrai. Je suis une artiste. Je vais étudier là dedans. Penser l'écriture. Avoir de bonnes notes. Puis il y a eu une grève. Je pensais pas qu'elle durerait si longtemps. Je veux juste étudier. Je veux qu'on gagne, je veux que ça se règle, je veux retourner m'assoir et tomber amoureuse d'un enseignant. Apprendre des affaires. Je veux juste étudier. J'ai hâte d'y retourner. Mais je vais m'ennuyer de tout ça.

Catherine aussi. C'est ma partenaire de manif. On est sœurs d'ampoules. On a marché des kilomètres elle et moi. Je lui ai tricoté un carré rouge. Elle a écrit un livre pour vos enfants. Si vous l'achetez pas son livre, vos enfants seront jamais heureux, jamais complets. Voulez-vous vraiment des enfants incomplets? J'en ai eu un une fois et c'était pas beau vous savez. Achetez son livre!

Le petit Cirque

Fais-le pendant qu'il dort, Léopold!
 

Remasterisé pis toute!

samedi 21 juillet 2012

Torture et masochisme #2

C'est un feuilleton d'amour gluant qui a commencé comme ça.

L'autre

La porte qui claque l'a tirée du sommeil. La fièvre était tombée. Peut-être était-il sorti acheter du lait, pour les céréales. Elle attendit en essayant d'y retourner. Retrouver le sentiment paisible de la nuit, dormir sur son cœur pendant qu'il caresse ses cheveux. Il ne reviendrait pas aujourd'hui, elle le réalisait à mesure que les minutes passaient. Elle lui aurait demandé des trucs sales. Il aurait dit non et ç'aurait été pire.

Elle s'est maquillée pour se trouver jolie et appela l'autre. Il dit de déverrouiller la porte et de l'attendre au lit. Elle mouillait en imaginant ce qu'il allait faire. Avec lui, oublier celui qui s'est enfuit au matin. Elle a revêtu une robe noire et noué un bandeau sur ses yeux.

Le son des bottes dans le corridor, dans la chambre, le bruit de la ceinture défaite, de la fermeture éclaire rabaissée. Il la retourne brusquement.

-Tiens, mords ça.

Il attache le bâillon derrière sa tête et sans perdre de temps, il se glisse entre ses cuisses mouillées. Il appuye sur sa tête, sur son dos, l'enfonce dans le matelas pendant qu'il la pilonne avec cette violence ferme et rassurante qui le caractérise. Elle a un orgasme juste avant qu'il se retire pour éjaculer sur son cul. Puis il repart, sans qu'ils n'échangent le moindre mot.

#3

hhf dans un ascenseur


Excitant.

vendredi 20 juillet 2012

Moi aussi je prendrais des vacances

Penses-tu que ça me tente de jouer à police avec toi? J'ai tellement mieux à faire. Réfléchis ciboire, où est-ce que je vais couper? Comment veux-tu que je justifie ça moi? Toi qui penses qu'on va toute te rembourser. L'autre qui fait des commandes sans m'en parler. Sacrament, j'ai pris une journée de congé, juste une! Vous êtes vraiment capables de rien gérer vous autres! Vous n'êtes qu'une gang de p'tits culs qui n'ont jamais rien vu dans vie. Vos parents vous aident encore à couper votre steak pour pas vous étouffer en le mangeant. Même pas capables de vous torcher tous seuls ma maudite gang de bâtards. Hostie, deux cents piasses. Deux cents piasses. DEUX CENTS PIASSES pour des frais de consultant. Quessé que t'avais besoin de consulter? T'avais juste à m'attendre je te l'aurais dit que t'es dans marde. Ça prenait pas la tête à Papineau pour évaluer les besoins.

J'ai de plus en plus envie de tous vous envoyer chier et de vous suggérer de trouver une autre clown pour votre putain de Cirque. Quand j'ai dit oui, j'étais pas moi-même. J'étais dans un état fucking proche du Wisconsin quand j'ai levé la main pis là je me mords les doigts en tabarnak. C'est la guerre câlisse. La GUERRE! Vous gaspillez comme des libéraux. Pis toi tu veux que je te rembourse deux cents tomates pour du vent. Fuck you tellement, je m'en vais te montrer à vivre moi.

Faut je fume, estie faut je fume n'importe quoi. C'est pas une rechute, c'est thérapeutique.

Pis faut que je fourre avant d'en tuer un. Ça aussi c'est thérapeutique, ça va faire baisser ma tension artérielle. Je vais mettre une annonce à l'épicerie. Christ de fuckée recherche volontaire pour la prendre bien fort avant de devenir trop folle. Tu peux la frapper, raisonnablement. La traiter un peu n'importe comment. L'enculer sans trop de respect. Au point où est rendue, elle est ben d'adon. Demande-lui juste pas d'argent parce qu'elle va t'égorger mon pit. Jeune homme trop propre, s'abstenir.

Espérons que quelqu'un réponde avant demain. Sinon je vais me ramasser un barbu saoul au bar du coin. Mais ça serait pas vraiment le fun, ça baise tout croche ces bonhommes là. La plus part du temps c'est pas capable de finir la job. Pis de la job, y en a en masse.

jeudi 19 juillet 2012

Tu vois bébé, à c't'heure c'est ça notre vie

Les trains qui n'arrivent pas à temps.
Le condom qui pète.
L'avis de tout le monde.
Le bonheur des autres.
Les photos de nos sacrifices.
La neige fondue dans la cour.
Les balbutiements de l'automne.
Les rendez-vous manqués.

L'appartement en ruines.
Le frigo qui brise tout le temps.
Le suintement des ordures.
Les fréquentations indécentes.
La drogue gratuite.
Les lendemains embarrassants.
La carte de crédit coupée.
Le sang qui sèche sur le bois franc.

Les journées sans fins.
La petite politique.
La performance de ta médiocrité.
Le garçon trop bien pour moi.
La salope qui appelle sur mon numéro.
Les rayons de soleil sur mon parapluie.
Tes excuses sur notre répondeur.
Mes habiles faux sourires.

Ton chat que j'ai tué.
Tes larmes pour un sac de poudre.
Ton argent.
Mon cœur désinvesti.
Ma peine de 500 kilomètres.
Ma dépression.
Les seringues qu'on emprunte.
Le temps qu'on vole.

La morbidité de mon utérus.
Les chansons tonitruantes.
L'insomnie successive.
Le brouillard journalier.
La déchirure de l'abdomen.
Les dévoilements en dentelle.
Les secrets éparpillés.
Le vide de tes poèmes.

Crier encore.
Parce que tu n'es qu'un lâche.
Je m'acharne jusqu'à plus faim.
Tu t'absentes sur la pointe des orteils.
Je souffle naïvement des baisers.
Tu t'es sous-loué encore.
Je me suis vendue un peu.
Vois-tu?

C'est pas drôle

La dernière fois que mon train a été retardé aussi longtemps, il avait déraillé...

Classe économique

Le train c'est érotique.

mardi 17 juillet 2012

Normand Lester est un malade mental


Ah ben, dis-moi pas qu'il y a des femmes qui sont sorties de leur cuisine, qu'elles participent à notre société comme si elles étaient... Des hommes! Des femmes boss! Tabarnak faut faire de quoi pour arrêter ça. C'est trop dangereux. Mussolini, c'était une marche dans le parc. Elles essaient encore de se faire une place, les maudites. Ça devrait les satisfaire de s'occuper de la liste d'épicerie. Qu'est-ce qu'elles veulent? Qu'on les paye le même prix? Qu'on reconnaisse leur apport? Qu'on se laisse diriger par elles? Sont folles!

Fémino-fascisme pis toute hein! Ça remplace les vrais questions? Genre quessé qu'on va faire rendus à notre pension? Ou encore vous trouvez pas qui a trop races icitte?  Saint sacrement d'imbécile du tabarnak, les plus démunis de notre société, les plus pauvres, les plus âgés, ce sont aussi et surtout des femmes! Pauvre ignorant. Simple d'esprit.

Et il finit comme ça : "Les enfants des plus pauvres, des plus négligés de notre société ne vont pas à l’université et pour la majorité d’entre eux, n'espèrent même pas y aller."

C'est vrai qu'on n'en rêve même pas. Lester, veut que ça reste de même. On règlera pas le sort du monde cette année, il y en aura toujours des pauvres! Y ont rien qu'à travailler comme moé, hein Lester!

C'est pas de l'opinion ça, c'est du vomi. De la câlisse de marde. Pis on devrait se laisser traiter de bonnes femmes par cette race de trou de cul sans rien dire? Sans se défendre. C'est sûr que moi, je dois le dégoûter en masse le christ de fou à Lester, parce que je travaille pis je sacre comme un homme. Je m'énerve pis je crie. Je m'implique en plus. Je négocie, je revendique. Va falloir m'arrêter et me rééduquer avant qu'il se passe de quoi de grave et qu'on ne puisse plus jamais revenir en arrière. Fuck, je devrais avoir honte, reprendre mon trou, faire des cannages pour l'hiver. Me reproduire en série pour assurer la survie d'une race de colonisés, de mous, d'hosties de peureux comme lui. Ne changeons rien, tout va bien chez nous gang de communistes.

Fait que c'est pour ça qu'on ne votera pas pour Marois, parce que Lester pis sa gang la trouve donc bonne.

lundi 16 juillet 2012

Mise en garde du docteur

-Ok, mais si je le fais pareil?
-Fais pas ça.
-Qu'est-ce qu'il va se passer? Qu'est-ce que ça fait? Il sera pas bon en math?
-Il aurait deux têtes ou pas du tout de tête.
-Pour combien de temps?
-C'est définitif.
-Comme dans pour toujours?
-C'est ça que ça veut dire définitif.
-C'est cool. C'est pas comme si j'y tenais. J'devrais peut-être m'acheter un chien.
-Tu devrais te reposer.


vendredi 13 juillet 2012

Torture et masochisme 1er épisode

 Feuilleton dont le titre est inspiré par le Prof Peejay. "L'amour c'est de la torture, du masochisme."

La fièvre

Elle fait de la fièvre. Beaucoup de fièvre, ça ne lui arrive jamais. Sa tête éclate. Elle a du mal à bouger. C'est sûrement la piscine publique, c'est plein de microbes. Ce n'est pas le moment, ce n'est jamais le moment de se reposer. Elle ne voulait pas l'appeler, mais quelqu'un a laissé un message pour lui. Quand elle est vulnérable, ça l'excite, il accourt. C'est un superhéros dans un costume de salaud.

Il dit qu'elle a perdu du poids. Ses repas sont composés de céréales sans lait et de tartines au ketchup. Il fait de la soupe au poulet, l'emmène sous la douche, lui apporte une couverture pendant qu'elle grelotte. Il épluche une orange pour elle et congèle sa tablette de chocolat favorite. Le caramel ne goûte pas la même chose quand c'est lui qui l'offre.

Il lui raconte qu'il y a des fourmis partout dans le quartier, lui lit des poèmes de Gérald Godin en lui massant les pieds. Ils rient comme avant devant leur film préféré.

Elle sait qu'il repartira, il repart tout le temps. En attendant ça lui fait du bien de dormir pour vrai. Pour la première fois depuis des mois.

#2

Torture et masochisme - Liste des épisodes

C'est un feuilleton. Une histoire d'amour anonyme.

Tous les épisodes :

  1. La fièvre
  2. L'autre
  3. La folie
  4. L'hôpital
  5. Sortir
  6. Divertissement
  7. Nintendo
  8. Le soleil
  9. La tempête
  10. Nutella
  11. Le poème
  12. Le souvenir
  13. La campagne
  14. Le courriel
  15. L'hiver
  16. Le pire
  17. La chaleur
  18. Chikandensha
  19. Cordage
  20. Dispositif
  21. Ninja
  22. Paradoxe
  23. Le Kid

Ma psy a dit de chosir mes priorités

C'est toujours ben pas de ma faute si j'ai cinq cents priorités.Tout le monde appuie sur le bouton panique en même temps. Ma boîte vocale et ma boîte de courriels explosent. Je capote. J'assaille tout le monde avec mes questions, je remplis leurs boîtes vocales et boîtes de courriels pour me venger. J'ai donc besoin qu'on me confirme que je fais la bonne affaire. Tout est correct qu'il dit. Je sais pas si c'est les antidépresseurs qui font effet ou si c'est juste parce que je suis en train de devenir folle, mais je n'angoisse pas. Je suis relaxe. Comme nonchalante. Je vais y arriver pareil en même temps que tout le monde. J'ai pas le choix. S'il faut que je déménage pendant la campagne électorale, je vais le faire. S'il faut que je finisse le budget pour cette nuit, c'est cool. S'il faut que je me libère pour une réunion express dimanche ou une formation dans deux semaines, ça ne me dérange pas. Est-ce qu'on est déjà le 12 juillet? Ça veut dire que la fête du travail c'est dans un mois et demi. Je vais prendre une journée de vacances, une seule. La semaine prochaine, j'embarque dans un train sans mon cellulaire et je vais passer la journée dans une ville où personne ne me connaît.

Aujourd'hui, quand je suis arrivée au travail, on m'a fait un beau cadeau. Un pot de Manic Panic mauve. J'allais justement m'acheter du rouge. C'est pas une belle job ça? Fuck oui.

Mais je ne suis pas couchée...

mercredi 11 juillet 2012

Je trépignais

Sais-tu depuis combien de temps je ne me suis pas sentie comme ça? Le sais-tu? Je ne m'en souviens même plus tellement ça fait longtemps. Toi, tu débarques et tu me sacres une droite en pleine gueule. Après ça tu t'excuses, tu m'apportes de la glace et tu es tout doux. C'est bon, mais comprends donc que même si je veux passer l'éponge, j'ai la joue qui élance encore, tsé.

Un feu à la fois

Je vais avoir des milliers d'autres trucs à régler d'ici la mi-septembre. Je ne m'ennuierai pas. Mais y a au moins ça de réglé. Un feu à la fois.

Ma belle jupe bleue

Cette jupe me fait paraître plus grosse et je n'ai tellement pas besoin de ça.

Mais, c'est toujours quand je la porte que je me fais aborder par un gars à l'air dangereux. Il s'arrête à ma hauteur pour me demander avec un ton menaçant qui m'excite : Heille, j'espère que ton chum t'as dit que t'es belle aujourd'hui! J'ai dit merci et j'ai continué à marcher. Il a crié. Je suis sérieux, j't'en amour avec toé. Je me suis arrêtée et me suis retournée. Est-ce que ça se peut? Rencontrer un gars exactement comme moi qui tombe amoureux en un coup d’œil. Avec un sourire, un grain de beauté, un regard. J'ai levé les épaules et j'ai répondu que je n'ai malheureusement pas le temps.

Pas le temps de me perdre encore plus. Demain je vais mettre ma robe noire.

vendredi 6 juillet 2012

Bonne fête papa

Je me suis réveillée avec le goût du sang dans la bouche. J'ai douze ans. La sensation de ton poing, de ta grosse bague enfoncée dans ma joue. Souvenirs de tes pas effrayants qui me réveillent, ta main sur la poignée de porte, ton odeur dans mon lit. Je suis allée vomir, j'ai pris mes courriels et j'ai remarqué la date. Je ne voulais pas penser à toi aujourd'hui, je n'y pensais pas hier, avant hier et tous les autres jours. C'est inconscient la mémoire. C'est ta fête.

J'ai fait du pain doré ce matin et ça m'a fait penser à Ti-cul, à la fois où tu m'a cassé deux doigts parce que je lui avais fait du pain doré pour souper.  

-C'est pas un souper, c'est un déjeuner ça! Christ de grosse truie, sacrament d'épaisse. Fais d'autre chose.
-Non.

Je voulais juste lui faire plaisir. Ti-cul aimait ça le pain doré pis moi, j'aimais Ti-cul comme si c'était le mien, je m'en occupais comme si c'était le mien. Mais j'aurais été mieux de faire du steak haché avec du jus de tomate pis des patates pour que tu m'aimes.

On pourrait penser que c'était un coup de tête, un geste irréfléchi, quelque chose que tu regretterais, mais tu savais ce que tu faisais. J'ai défié ton autorité et je persistais en te regardant dans les yeux et en souriant pendant que tu m'engueulais. Tu as choisi les doigts de ma main droite. Pour m'empêcher d'écrire. C'est la pire chose que tu m'aies faite et je me suis jurée que je n'arrêterais jamais d'écrire. Parce que ça t'échappait complètement, l'écriture te terrorisait. C'est moi et je n'ai pas besoin que tu m'aimes. Merci pour tout.

mercredi 4 juillet 2012

Discrimination

Ils obéissent à Ti-cul comme des petits soldats. Il est tellement sévère, rigide. C'est pourtant le plus populaire, les parents le couvrent de cadeaux. Ils appellent la direction pour s'assurer que leurs enfants seront pris en charge par Ti-cul. Les petits ne veulent plus s'en séparer. Il les épuise, les entraîne, les conditionne. Il convainc les parents de laisser tomber le ritalin pour l'été. J'vous garantis madame que votre p'tit va rester tranquille quand vous allez revenir le chercher, il va dormir à sept heures.

Mon petit frère c'est le meilleur. Il les aime tellement. Il est si fier d'eux. Tu sais pas ce que j'ai montré à mes jeunes après-midi? Demain j'amène mes jeunes faire du tir à l'arc. Mes jeunes m'écoutent, l'autorité les rassure. Ça fait que j'ai dit à sa mère, vous voyez, elle est capable d'attacher ses souliers. Elle est capable de grandes choses si on se donne la peine de l'encourager.

C'est dégueulasse qu'on lui interdise de changer la couche des tous petits. Obligé de faire appel à une collègue. Parce que c'est un gars.

Le monde m'aime pis ça me fait rien

-Si tu déménages à Québec t'as une job. Notre partenaire là-bas capote sur ton cas. Mais oublie ça, on te laissera pas partir. T'es une perle.
-Une perle?
-T'es une boîte à surprise!
-Je suis une boîte à surprise...
-Hostie que t'es hot.

Comment veux-tu que je prenne ça? J'ai le goût de partir en courant. Loin.

Troc

Ça va bien. Ça va bien, mais ça irait encore mieux si je trouvais un volontaire pour me donner quelques coups de pénis en échange d'un bol de soupe.

mardi 3 juillet 2012

As-tu signé la pétition?

-Quelle pétition?
-T'es pas au courant de la pétition!?
-Ben non.
-C'est Pat du Bobby McGee qui a parti ça. Les exigences d'Hochelaga. Promène-toi sur la Tario, tu vas finir pas mettre la main dessus.

dimanche 1 juillet 2012

Mélodrame

Tout le monde sait que les murs chez les parents de Mélodie sont stressés, ça transpire, personne ne veut mettre les pieds là, le chien a essayé de se suicider quatre fois. La bonne femme est folle à lier, le bonhomme est pas mal atteint aussi. Ils vivent dans un dépotoir où la poussière s'accumule depuis quinze ans, des piles de boîtes partout, un entrepôt de cochonneries, un terrain de jeu à coquerelles et à punaises.

Mélodie était une petite fille aux ongles sales qui mangeait la bouche ouverte et parlait tout croche. C'était une adolescente facile qui se laissait faire n'importe quoi parce que n'importe où et n'importe qui, c'était toujours mieux que chez elle, mieux que tout ce qu'elle connaissait. C'est devenue une adulte libre, généreuse, douce et gentille, motivée et volontaire pour n'importe quoi, elle ne dit jamais non. Elle règle les problèmes de tout le monde, se charge de tout. C'est une amie précieuse qui vient t'aider à ouvrir le sac de la balayeuse pour fouiller dans ta marde quand tu as cherché partout le petit cœur en or offert par ton mari pour ta fête. C'est une fille drôle qui invente des expressions comme tirer le diable par les cheveux ou il a le paquet bas.

Parce qu'on est du bon monde, on est allé aider Mélodie à sortir les chaises de jardin du hangar au chalet de ses parents. Je suis du bon monde, Sam est venu pour voir la voisine, parce que ça fait huit ans qu'il a pas fourré, il ne rate jamais une occasion de rencontrer une fille. Si tu veux voir Sam, il suffit de dire, il va y avoir une fille. Là, il s'emballe, il se met beau et s'imagine déjà marié avec elle. Léo n'a jamais voulu venir, quand il s'est retrouvé dans la rue l'an passé, la seule place qu'on a trouvé pour le loger temporairement, c'est chez les parents de Mélo, il n'a plus jamais été le même depuis. On pensait que c'est la rue qui lui avait fait ça, mais non, c'est les parents de Mélo qui l'ont traumatisé à mort.

Mélodie a demandé à sa mère de tenir sa sacoche parce qu'il n'y a pas un pouce carré de propre sur ce terrain et dans cette maison là. Quand tu ouvres la porte du hangar, je te conseille de t'éloigner et de le laisser aérer une couple de minutes si tu ne veux pas être pris d'un malaise, l'odeur est mortelle. Après avoir vidé la moitié du hangar où s'entassaient trois machines à laver, deux réfrigérateurs et cinq tondeuses en plus des vieux sacs de plastiques et des boîtes remplies de vidanges, on a compris que les maudites chaises de jardin étaient dans la cave.

La cave de cinq pieds en terre qui sent le moisi et pleine d'araignées, on avait hâte d'aller fouiller le bordel là-dedans, ça fait des années qu'on en parle. Ça nous a pris vingt minutes rien que pour trouver la chaînette et allumer la lumière, on l'a regretté, c'était moins pire la lumière éteinte. Les souris et les rats se sont mis à courir, j'ai crié comme une perdue quand j'ai senti je sais pas quoi me frôler les orteils. J'aurais pas du y aller en sandales. Il y avait pas loin de moi, trois grosses poêles en fonte rouillées. Qu'est-ce qu'ils font avec ça? Faut pas chercher à comprendre, un peu plus loin, il y avait une pile d'au moins trois cents assiettes à tarte en aluminium.

-Venez voir ça les filles!

Sam a trouvé un cadavre d'écureuil rongé par la vermine. J'ai failli vomir. Je voulais juste sortir ces maudites chaises et rentrer chez nous me laver. On a commencé à tasser des trucs. Des vieilles boîtes de boules de Noël achetées chez La Baie en 1932, des lampes de toutes les sortes, un moulin à viande pas nettoyé.

-Touchez pas à mes affaires, vous allez toute déplacer. Je veux juste que vous sortiez les chaises.
-Faut ben qu'on aille les chercher tes maudites chaises.

Même si sa mère pétait sa coche et hurlait à mort, ça nous dérangeait pas trop, c'est la routine. Elle est toujours de même. Je me suis chicanée en masse dans ma vie, mais jamais à ce point. Plus besoin de café après ça, on a tremblé toute la nuit. Je ne sais pas ce qu'a touché Sam, mais ça les a rendu complètement fous. Ils se sont mis à lui crier après et à le pousser, pauvre Sam, un gars doux et inoffensif comme lui. Mélodie a dit à sa mère qu'elle n'était plus capable d'eux autres, qu'elle avait honte, qu'ils ne savaient pas se tenir devant le monde. Elle allait partir, nous la suivions.

-Donne-moi ma sacoche, je m'en va.
-Non.
-Donne-moi ma sacoche sacrement.
-Non, tu t'en iras pas.
-Donnez-y sa sacoche, voyons donc, qu'est-ce qui se passe avec vous autres, avez-vous pogné un coup de soleil?

La bonne femme m'a crié que si je fermais pas ma gueule, elle m'en sacrerait une bonne, comme si j'étais une enfant. Je ne savais pas quoi dire, ça me dépassait. Mélodie et moi on s'est mis à tirer sur la sacoche pour la lui enlever et sacrer notre camp de cet endroit dégoûtant, mais elle s'accrochait la vieille maudite. On a fini par l'avoir, en y arrachant presque le doigt qui s'est mis à pisser le sang. On était pleines de son sang sur notre linge.

Ça s'est passé ben vite, la bonne femme est remontée en courant, le bonhomme a refermé la porte et l'a barrée. J'ai trouvé ça drôle sur le coup. Mélodie s'est assise dans les marches, ce n'était pas la première fois qu'on l'enfermait dans la cave.

Fait qu'ils nous ont séquestrés pendant six heures dans la cave, des vrais malades mentaux. On a commencé par les engueuler, les menacer. J'ai pleuré comme une gamine qui a perdu sa mère. Mélodie a fouillé sa sacoche pour comprendre que la bonne femme lui avait volé ses clés.

-Fuck off, moi je défonce la porte pis je rentre à Montréal à pieds. J'pus d'dans pantoute pour dater la voisine.
-Ben non, calme-toi, faut juste être patient, je sais comment les amadouer.

On est restés tranquilles et on a attendu, quand la bonne femme nous a ouvert, elle nous avait fait des sandwiches aux tomates, qu'on s'est forcés à manger parce que si on était gentils, on allait ravoir les clés et pouvoir sacrer notre camp de là.

Je ne suis jamais embarqués vite de même dans un char. On a barré les portes et on s'est mis à crier à Mélo de décoller au plus sacrant. Son père s'en venait en chiâlant parce qu'on n'a pas sorti les chaises de jardin. Pis là il s'est mis à courir sur la route, il a trébuché, feint une crise cardiaque pour finir par se relever et rentrer au chalet.

-Tes parents sont vraiment fuckés Mélo.
-Tous nos parents sont fuckés. Les miens, les tiens, ceux de Léo et ceux de Sandra. Toutes des fuckés.
-Ça doit être quelque chose dans l'eau du bas de la ville.
-Est-ce qu'on va devenir fuckés de même nous autres aussi?
-Ben nous autres au moins on ne se reproduit pas!
-Pas de danger on baise même pas.
-Pourquoi vous faites pas de quoi ensemble toi pis Sam?
-Ta yeule Mélo!
-J'y avais pensé, mais je sais pas si Elle est d'accord.
-Toujours une bonne idée Sam de s'assurer que la fille soit d'accord. Non je suis pas d'accord.